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Tchystiak ÉTUDE COMPARÉE DE L’ANALYSE SYNCHRONIQUE ET DIACHRONIQUE DU CONCEPT littÉraire

Tchystiak D.O.

PhD, Professeur assistant,

Université nationale Taras Chevthcenko de Kyiv

ÉTUDE COMPARÉE DE L’ANALYSE SYNCHRONIQUE ET DIACHRONIQUE DU CONCEPT littÉraire

Commençons notre analyse par quelques formulations et quelques descriptions de la notion du concept littéraire. Par exemple, V. Maslova délimite le concept littéraire comme “un ensemble des notions, des idées, des sentiments, des émotions, et parfois même des pulsions de la volonté produites par les associations littéraires tout en soulignant que ce type de concept “est proche des images”, “les inclut” en s’ouvrant au lecteur par “les sens émotionnels” [5, p. 35]. Notons que la notion des “sens émotionnels” met en confusion les aspects d’analyse sémantique, psycho-linguistique et cognitif. О. Vorobïova définit les concepts littéraires comme “des phénomènes complexes de nature holographique qui gardent un potentiel energétique puissant qui devient la source d’une résonnance émotionnelle avec la perception du lecteur” [3, p. 60]. Cette constatation s’ancre dans les recherches transdisciplinaires novatrices, notamment dans les lignées de la synergétique, de la critique réceptive et de la théorie intertextuelle, sans pour autant définir ni les particularités de la structure ni la sémantique de la notion du concept littéraire.

On trouve une synthèse des recherches du concept littéraire dans la linguistique et dans la théorie littéraire dans l’étude récente d’I. Tarasova qui souligne à juste titre une particularité de notre notion clé que voici: “les phénomènes psychiques individuels de chaque auteur s’unissent aux unités de la création artistique, aux images” [9, p. 744]. Malgré le manque de distinction entre les termes “concept”, “image” et “création artistique” on soulignera l’attention que porte I. Tarasova à la distinction de la notion de “eidos” (en tant qu’union indissociable des éléments sémantiques de la conceptualisation littéraire) de celle de “logos” (l’inventaire logico-formel des caractéristiques du concept). On notera que ces deux notions ont été empruntées au philosophe soviétique A. Losev, à son travail “Philosophie du nom”. I. Tarasova développe la distinction émise par A. Losev et conclut à juste titre que “si on donne au concept le statut générique pour tous les types de représentation mentale, alors les concepts avec des noyaux objectifs ou émotionnels pourraient servir de base pour caractériser les particularités de l’image (eidos), tandis que les concepts aux dénominateurs abstraits (les gestalt) décriraient les caractéritiques du logos” [9, p. 744]. Par ailleurs, I. Tarasova se réfère au travail “Psychologie cognitive” de R. L. Solso à qui elle emprunte l’idée que “l’information codée en images à un certain niveau serait probablement codée d’une manière conceptuelle à un autre niveau, plus profond” [9, p. 744]. Plus loin dans sa recherche I. Tarasova soutient l’idée (déjà émise par G. Gatchev, M. Gueï et V. Perverziev) qu’il serait impossible de coder la sémantique de l’image par les schémas conceptuels. Cela entraîne la chercheuse à considérer la notion du cocnept comme une construction épistémologique et méthodologique sans fondement dans le texte et même à inciter les chercheurs à “déactualiser la méthodologie de l’analyse conceptuelle en linguistique” [9, p. 745]. Tout d’abord, il faut souligenr que dans le travail d’A. Losev “Philosophie du nom” il existe une autre considération: “le Logos est une réalité [...] en tant qu’instrument [...] la réalité de la logique est une réalité de l’utilisation de la logique, tandis que la réalité de l’eidos est une manifestation de l’essence en tant que telle” [4, p. 121]. Cette distinction entre le logos et l’eidos d’après A. Losev pourrait projeter au niveau de la structure du texte littéraire l’existence de deux niveaux d’analyse: celui des images, des thèmes et des idées (comme l’a démontré O. Kaganovska dans son analyse des romans français) et celui de la cognition (en tant qu’organisation conceptuelle des signes-images ou en recherchant des relations entre les concepts clés comme l’a démontré V. Nikonova dans son analyse de la poétique shakespearienne).

Cette dualité de l’analyse au niveau esthétique du texte littéraire a déjà été noté par V. Pichtchalnikova qui a remarqué le fait que “l’émotion esthétique de l’auteur” [6, p. 21] se réalise dans les éléments de la forme linguistique, en s’accentuant tout particulièrement dans les répétitions et les oppositions sémantiques au niveau des structures profondes du texte (notamment par la création d’un système métaphorique particulier chez chaque auteur) qui deviennent par conséquent les moyens de verbalisation des concepts textuels. Il est à noter que l’amplification des liens associatifs dans la langue du texte littéraire s’opère par la continuité du sens dans les structures des images verbales (symboles, formules poétiques, figures stylistiques) qui s’organisent dans les champs sémantiques plus vastes d’après la structure cinceptuelle (noyau et périphérie). Il faudra également souligner la définition du style individuel de l’auteur (idiostyle) émise par V. Pichtchalnikova comme “un système des représentations logico-sémantiques des sens individuels les plus importants de l’auteur d’un texte littéraire” qui trouve son objectivation “dans l’activité estthétique langagière, dans la nécessité de transformer les expressions langagières par l’individualité de l’auteur” [7, с. 49].

L’étude du concept littéraire s’avère plus productive dans les recherches qui cernent le dynamisme diachronique des structures du texte littéraire. Ainsi, L. Belekhova détecte dans la poésie américaine les images qui transmettent des archétypes, des stéréotypes, des idiotypes et des kénotypes. La chercheuse souligne à juste titre que “les archétypes se transforment en images poétiques au fur et à mesure de la formation de la conscience mythopoétique” [1, p. 298]. Cette conscience mythopoétique de l’auteur est connotée par le contexte culturel de son époque ce qui entraîne la stéréotypisation des images individuelles: idiotypes (donc typiques pour chaque auteur) et kénotypes (images uniques). Ainsi, L. Belekhova met en valeur la présence dans un texte littéraire des schémas archétypales empreintes de connotations historico-culturelles, dans la lignée de N. Frye et de M. Eliade. Par contre, notre étude sur l’image mythopoétique du monde dans le premier théâtre de M. Maeterlinck [10] a démontré que dans un texte littéraire fonctionnent les niveaux différents de la sémantique archaïque ce qui remet en cause la définition des archétypes en tant que structures qui n’impliquent qu’une sémantisation synchronique. Cette considération mérite une analyse plus approfondie.

L’analyse diachronique se poursuit dans la lignée de la poétique cognitive dans les recherches linguomythopoétiques. Ainsi, N. Sloukhaï a émis l’hypothèse que dans l’image du monde dans la langue cohabitent l’image du monde profane ainsi que l’image mythopoétique du monde de chaque ethnos. Cette dernière est assimilée à “l’image du monde langagière de l’auteur” [8, p. 23]. On devra souligner que l’analyse linguomythopoétique du texte littéraire met en valeur les structures archétypales de la conceptualisation sans attirer une attention particulière sur les problèmes de rapport entre les structures mythopoétiques, conceptuelles et imaginatives dans l’image du monde de chaque auteur ce qui pourrait cerner la structure du concept d’une manière plus adéquate.

L’atout des recherches de la linguistique cognitive est sans doute la perspective de sortir hors de l’analyse des structures intra-textuelles que l’on pouvait suivre dans la linguistique structurale, ainsi que dans la stylistique et dans la poétique linguistique. La linguistique cognitive met en valeur dans un texte littéraire le niveau des images, des thèmes, des idées et des concepts ce qui pourrait délimiter la nature, la structure et les particularités du niveau esthétique du texte littéraire. Cette sorte de recherche ne pourra être menée que par une analyse transdisciplinaire des plus larges, pour faire valoir le contexte historico-culturel du texte analysé. Les concepts littéraires ne sont pas uniquement des structures de l’imaginaire individuel mais sont reliés à la génération de la signification en tant que monades de la production textuelle dans les codes sémiotiques différents (mythopoétique, psycholinguistique, philosophico-esthétique etc). L’une des lacunes majeures des recherches de la conceptualisation littéraire, c’est l’absence de corrélation stricte entre le code imaginaire et cognitif dans la production de la signification textuelle. Cette lacune génère des analyses fragmentaires de l’image du monde des auteurs analysés soit avec l’attention pour leurs thèmes, leurs idées et leurs images, soit uniquement pour leurs paysages mentaux sans tenir compte des particularités imaginatives. Par ailleurs, les données de l’analyse de la poétique cognitive dans l’aspect diachronique attestent qu’il existe un vaste noyau des structures connotées par la sémiotique mythopoétique autour desquelles se greffent les images individuelles des auteurs analysés. Par contre, l’analyse cognitive devrait assurer l’étude des particularités d’organisation du système conceptuel du niveau imaginaire et thématique du texte littéraire.

Liste des ouvrages cités:

  1. Бєлєхова Л. І. Словесний поетичний образ в історико-типологічній перспетиві: лінгвокогнітивний аспект / Лариса Іванівна Бєлєхова. – К.: Айлант, 2002. – 368 с.
  2. Вільчинська Т. П. Концептуалізація сакрального в українській поетичній мові XVII–XVIII ст. / Тетяна Пилипівна Вільчинська. – Тернопіль: Джура, 2008. – 424 с.
  3. Воробйова О. П. Концептологія в Украні / О. П. Воробйова // Вісник КНЛУ. Сер. Філологія. – 2011. – Т. 14. – № 2. – С. 53–63.
  4. Лосев А. Ф. Из ранних произведений / Алексей Федорович Лосев. – М.: Правда, 1990. – 656 с.
  5. Маслова В.А. Поэт и культура: концептосфера Марины Цветаевой / Валентина Авраамовна Маслова. – М.: Флинта, 2004. – 256 с.
  6. Пищальникова В. А. Концептуальный анализ художественного текста / Вера Анатольевна Пищальникова. – Барнаул: Алтайский государственный университет, 1991. – 88 с.
  7. Пищальникова В. А. Проблема идиостиля: психолингвистический аспект / Вера Анатольевна Пищальникова. – Барнаул: Алтайский государственный университет, 1992. – 74 с.
  8. Слухай Н. В. Художественный образ в зеркале мифа этноса: М. Лермонтов, Т. Шевченко (лингвосемиотический аспект): дис. … доктора філол. наук: 10.02.01, 10.02.02. / Слухай Наталья Витальевна. – К., 1996. – 466 с.
  9. Тарасова И. А. Художественный концепт: диалог лингвистики и литературоведения / И. А. Тарасова // Вестник Нижегородского университета им. Н. И. Лобачевского. – 2010. – № 4 (2). – С. 742–745.
  10. Чистяк Д. О. Лінгвоміфопоетичний аналіз художнього тексту / Дмитро Олександрович Чистяк. – К.: Журнал «Радуга», 2015. – 138 с.

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